Casse pas la tête

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Nouvelle-Calédonie - Grande-Terre
de Vincent, le 06-12-2008

Casse pas la tête

Soyons franc. La Grande-Terre n’est pas l’île paradisiaque telle que l’on peut se la représenter. Du moins du côté des paysages, qui nous ont semblé dans l’ensemble assez familiers (même si c’est faux écologiquement parlant puisque près de 80% des espèces végétales sont indigènes).

Ceci dit nous avons bien apprécié notre petit tour de 8 jours au pays des kanaks. On a loué une caisse. C’est la seule façon de visiter l’île, à moins d’avoir plusieurs mois. On avait une petite twingo. Et elle a bien ramassé sur les petites routes en terre qui mènent aux tribus (petits villages traditionnels kanaks, la plupart du temps reculés dans la « montagne », entre 300 et 650 mètres). Dans l’histoire elle a perdu une sorte de plaque de protection qui était fixée au pare-chocs… mais elle a pris une belle couleur ocre…

La Grande-Terre, c’est encore assez vert. Même si les occidentaux la maltraitent, de plus en plus (exploitation minière, déforestation, élevage) et que la forêt vierge a pratiquement disparue (elle ne couvre plus que 20% du territoire).

Tu trouves partout des aires de repos où tu peux poser ta tente (la première fois c’est un local que l’on a pris en stop qui nous a filé le tuyau) et des campings, sympas, parfois laissés plus ou moins à l’abandon. Et t’es vraiment tranquille. Ce n’est pas la Côte d’Azur…

Et puis la gentillesse des Kanaks. Franchement c’est hallucinant. Par exemple, et excepté les qqs grosses villes, tout le monde te dit bonjour, même lorsque tu circules en bagnole. Et c’est d’autant plus vrai lorsque tu approches des tribus. On a du salué 2000 personnes en 8 jours… A priori cela fait partie des règles de politesse. On a eu également un problème avec la caisse le deuxième jour. Elle ne démarait plus. La première voiture qui est venu à notre rencontre s’est arrêtée. La deuxième également…
On ne s’attendait pas à ça. D’autant que lorsque tu lis un peu l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, je pense qu’il y aurait matière à avoir un minimum de rancœur envers les colons blancs, qui du reste sont toujours présents. Un petit point historique (source : LP)… La Nouvelle-Calédonie a été pillée par les chasseurs et les négociants dès le 19ème siècle. Les premiers missionnaires sont arrivés quelques années avant l’annexion française, en 1843. A l’époque, la Nouvelle-Calédonie faisait office de colonie pénitentiaire (y étaient déportés les prisonniers politiques français et des autres colonies, par exemple 1700 prisonniers kabyles de la révolte de 1872, en Algérie). Vers 1860, les colons empiètent sur les terres tribales. En 1878, révolte des Kanaks. 1200 sont tués, 800 sont déportés. Peu après est mis en place le Code de l’Indigénat. Il octroie aux Kanaks un statut légal inférieur. La population locale est contrainte de vivre dans des réserves aménagées, dans les montagnes, qu’elle ne peut quitter sans la permission de la police. Les échanges commerciaux inter-îles entre les Kanaks sont interrompus et les liens religieux ou ancestraux qui les unissent à certains sites sont ignorés. Ils sont obligés de travailler pour les colons ou les autorités coloniales. Le Code de l’Indigénat est renouvelé jusqu’en 1946, la population locale ne disposant pas jusque lors « des moyens moraux ou intellectuels suffisants pour diriger eux-mêmes leurs affaires ».

Ce qui m’interpelle dans tout ça c’est que la Déclaration des Droits de l’Homme date de 1789 et que dans son article 1, si ma mémoire est bonne, « tous les hommes naissent libres et égaux en droit »… La seule solution pour qu’elle ne soit pas en porte-à-faux avec le Code de l’Indigénat, est-elle de considérer que les Kanaks n’étaient pas des Hommes ?…

En 1923, l’enseignement du français est obligatoire, la pratique des guérisseurs locaux interdite. Dans les années 1950, les Kanaks obtiennent le droit de vote. Peu après les révoltes de mai 68, les premiers mouvements indépendantistes se crées. Le plus important, le FLNKS, date de 1984. Son principal adversaire, le RPCR, est soutenu par la droite française. Comment peut-on tenir une telle position ?
Surviennent les « évenements », en 1984. En bref le FLNKS boycotte les élections et proclame le gouvernement provisoire de Kanaky présidé par Tijbaou. Dix jours plus tard 10 kanaks sont tués dans une embuscade par des colons métis qui sont rapidement amnistiés en France. Le pays est au bord de la guerre civile. Le gouvernement français propose un gouvernement en collaboration. Rejet des indépendantistes. Eloi Machoro, l’un des chefs de file du FLNKS est alors abattu par le GIGN. Sa mort déclenche des émeutes dans toute la Calédonie. L’ONU reconnait ensuite à la Grande-Terre, en décembre 1986, un « droit inaliénable à l’autodétermination ». Des pourparlers sont entammés. Plus de vingt ans déjà se sont écoulés. Il semblerait qu’il ait été plus facile d’abattre Machoro que de faire avancer les négociations.

On est donc parti de Nouméa pour longer la côte ouest jusque Sarraméa (Trou Feuillet puis tribu du Petit Couli et sa grande case). Le Trou Feuillet c’est marrant, tu glisses sur une petite cascade et tu atteris dans une sorte de bassin rocheux. Bon la première fois, vu que t’es pas sûr de la faisabilité, c’est un peu flippant. On a poussé ensuite jusque Bourail (le bonhome qui est le gros rocher qui se détache en bas de la falaise et la roche percée, un tunnel qui la traverse de long en large). Ensuite une transversale passant par le col des roussettes (la roussette est une chauve-souris…qui se mange ici !) nous a mené jusque la cascade de Bâ. La bagnole nous a lâché dans ce coin. On a pu appeler le garage et gérer ça par téléphone. On a pris une deuxième transversale, la Tiwaka-Koné. Un auto-stoppeur nous a indiqué une super aire de repos, où on a pu planter la tente, peu après Tiwaka. Le lendemain matin, on a pris la douche dans le torrent en contre-bas. J’y ai perdu nos deux savonnettes…Y’avait pas mal de courant en fait…

On a tracé ensuite jusque Koné et 20 kms plus loin, vers la tribu d’Atéou. 20 bornes mais une bonne heure de piste… On s’est demandé si la Twingo irait jusqu’au bout. Mais notre hôte nous avait assuré que l’on pouvait venir en twingo. Une fois en haut, il nous a quand même lâché : « Oh bah là c’est sûr, ça passe ou ça casse… ». C’est rassurant quand tu sais que tu as encore le retour à te tapper… On y a fait une belle petite rando de 3h jusqu’à un point de vue à 360° sur la Grande-Terre. Nos deux jeunes guides Kanaks étaient un peu space, ils n’ont pratiquemment pas décroché un mot pendant 3h…Y’a eu de beaux silences… Ils parlaient entre eux un dialecte. A priori il y aurait une trentaine de dialectes sur la Grande-Terre, parlés pour chacun d’eux par 2 ou 3 tribus. Si bien que des tribus géographiquement assez proches ne se comprennent absoulument pas. A Atéou, notre case n’avait rien de traditionnel. D’ailleurs les Kanaks comment à avoir assez souvent deux habitations (une case traditionnelle avec toit de chaume et une petite maison en dur avec toit de taule). Le soir, on a gouté au bougna, qui est un plat de fête, cuit à l’étouffé. C’était franchement bon. J’essaierai de trouver la recette.

Un Kanak nous a raconté que sa tribu reposait encore sur un système communautaire. La tribu paie les études des enfants, y compris en France ou au Canada (l’allocation des bourses est longue). Quand les enfants reviennent, ils aident la tribu en retour.

On a poursuivi vers le nord, sur la côte ouest à nouveau. On a survolé le cœur de Voh (immortalisé par Yann Arthus-Bertrand qui l’a choisie pour illustrer la couverture de la Terre vue du ciel), en ULM. Bonnes sensations dans cette petite boite de savon. Ça secoue quand même un peu, ça change des avions de ligne…

On a roulé ensuite jusque Koumac et emprunté la transversale par le col de « Crêve cœur » pour se poser au camping d’Amos sur la cote est. C’était sympa, dans une cocoteraie. Drole d’endroi tout de même pour un camping. Faut faire gaffe ou tu gares la bagnole et ou tu plantes ta tente… Une noix de coco qui tombe de 20 mètres, ça fait des dégâts…

10 km plus au sud se trouve Balade. Les premiers missionnaires y ont débarqués le 21 décembre 1843. Le chef Paiama les avait autorisé à s’installer sur le site de l’actuelle église. Mais en 1847, les locaux, accablés par la famine en raison du passage des bateaux dont les équipages ponctionnaient une partie de leur nourriture et leur transmettaient en outre des maladies, ont attaqué la mission de Balade. Les missionnaires fuient mais le frère Blaise Marmoiton n’en réchappera pas. Son cadavre, traîné dans la rivière, sera ensuite décapité et sa tête ornera la hutte du chef, non loin de Saint-Denis. Son crâne sera restitué à l’Eglise en 1849 !

On a longé ensuite la côte est jusque Thio. On est passé par Hienghène et ses fameuses falaises de Lindéralique. Après le passage du bac de la Ouaième (la photo est explicite je pense), énorme pluie. Solange gare carrément la caisse sous la case d’une aire de repos. Pour aller et venir, faire la cuisine et dormir, c’était nickel parce qu’il pleuvait sévère ! On a dormi dans la caisse, pas le courage de déplier la tente.

Près de Kouaoua, il y a quelques pétroglyphes, sur un gros rocher, au bord de la route. Leur signification et leur fonction demeurrent mystérieuses, de même que leur âge. Selon une hypothèse, ces pétroglyphes auraient servi à délimiter le territoire vers l’an 1, lorsque le nombre de tribus augmenta et que les combats se multiplièrent.

Près de Canala, on a dormi dans un camping sympa, non loin de la cascade de Ciu. On a du emprunté ensuite la route à horaires, jusque Thio (pour éviter les collisions, tu as le droit de partir de Canala vers Thio uniquement les heures paires). On est passé par Nakety et la tombe d’Eloi Machoro. Les mines sont omniprésentes dans cette région. Des grandes saillies dans la montagne révélent la même terre rouge qu’en Australie.

On a passé la dernière nuit dans un camping situé à 11 kms au sud-est de Thio, autour d’une belle plage. A part l’herbe qui était coupée tout semblait à l’abandon. On a été presque surpris lorsqu’on est venu nous demander de l’argent pour planter la tente. Mais ici c’est tranquille. On avait pas de monnaie, du coup on a donné ce qu’on avait, à peine deux euros. On a fait un gros barbecue et on s’est empiffrer de mangues, trop bonnes, qui pendouillaient des arbres un peu partout. Au p’tit déj on a remis ça avec des tartines au Nutella…

Ensuite il était temps de rentrer sur Nouméa (on a pris la dernière transversale de Thio à Bouloparis) parce que je marchais pieds nus déjà depuis 24h…mes claquettes m’ayant lâché. On est allés à Intersport…et j’en suis ressorti chaussé !!!

On part le 8 pour Maré. On enchainera jusqu’au 26 décembre avec Ouvéa et l’île des Pins. On réside chez Oscar et Sylvie qui font partie de la famille de Solange. Ils tiennent un snack-restaurant. Hier soir c’était soirée avec groupe de musique. C’était chaud. Tout le monde était complétement rincé à 21h…mais c’est resté bon enfant. Ce matin on est allé jusqu’à l’Ile aux Canards, avec Oscar, en jet-ski. Ça secoue, c’est le moins que l’on puisse dire !!! Mais c’est vrai qu’ici c’est l’idéal pour découvrir la côte et les ilots.

Le moral est bon. On pense à vous. Noël approche. Ici ça parait irréel de célébrer cette date alors qu’il fait soleil et 30°. Une crêche est installée devant la mairie, mais avec So, on ne réalise pas vraiment.

Nos prochaines nouvelles ne vous parviendront peut-être pas avant notre arrivée en Nouvelle-Zélande.
Dans le doute, très bonne fin d’année à tous…

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